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De Bamako à Belleville : les cuisines de l'exil qui ont régalé la France

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De Bamako à Belleville : les cuisines de l'exil qui ont régalé la France

Photo: Marco Gualazzini, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Dans la cuisine de Fatou, à Saint-Denis, le mafé mijote depuis ce matin. Arachide, tomate, une pointe de piment, du boeuf qui fond. « Ma grand-mère le faisait à Bamako, ma mère l'a refait à Nanterre, moi je le fais pour mes collègues du bureau. C'est ma façon de raconter d'où je viens. » Fatou n'est pas cheffe. Elle est comptable. Mais son mafé, lui, a une histoire à raconter.

L'immigration ne s'explique pas, elle se goûte

On pourrait faire des discours sur l'apport des migrations à la société française. Ou on pourrait simplement s'asseoir à table. Parce que la vérité est là, dans nos assiettes : la gastronomie hexagonale s'est depuis longtemps métissée, et c'est tant mieux.

Le couscous est officiellement le plat préféré des Français depuis des années. Le bounesh vietnamien s'est invité dans les cantines. Le poulet créole d'Haïti et de la Guadeloupe fait partie du patrimoine culinaire national, au même titre que le bœuf bourguignon. Ces plats ne sont pas des invités. Ils sont de la famille.

Des cuisines qui portent des mémoires

À Belleville, Moussa tient une cantine sénégalaise minuscule, douze couverts pas plus. « Le thiéboudienne, je le fais comme ma mère me l'a appris au téléphone, depuis Paris. Elle me disait : écoute le riz, il te dira quand il est prêt. »

Dans le 13e arrondissement, c'est le pho qui règne en maître. Là-bas, la communauté vietnamienne a su transmettre des gestes précieux : le bouillon qui doit clarifier des heures durant, les herbes fraîches taillées à la minute, cette idée que cuisiner, c'est prendre le temps.

Et puis il y a Haïti, dont la cuisine reste trop méconnue en métropole. Le griot de porc mariné aux agrumes, le riz aux pois, la pâté kodènn — chaque recette porte la trace d'une île qui a connu tant d'épreuves et qui a gardé sa joie de vivre intacte.

Quand la cuisine devient un pont

Au-delà des cantines familiales, des initiatives solidaires font le lien entre gastronomie et intégration. Des associations comme Les Cuistots Migrateurs à Paris ou Le Réfectoire à Lyon emploient des cuisiniers réfugiés et leur permettent de faire vivre leur savoir-faire. D'autres, comme Eat Salam à Strasbourg, forment des femmes au métier de la restauration tout en célébrant la cuisine syrienne.

Le principe est limpide : donner un travail, une dignité, un revenu. Et en échange, offrir à toute la ville des saveurs qu'elle n'aurait jamais découvertes autrement.

Trois recettes à tester ce week-end

  1. Le mafé sénégalais : arachide, tomate, viande mijotée longuement. Servi avec du riz, il régale six personnes pour trois fois rien.
  2. Le poulet aux noix de cajou à la vietnamienne : rapide, parfumé, parfait pour un soir de semaine.
  3. Le riz créole aux haricots rouges : un classique haïtien qui accompagne tout et ne coûte rien.

Une France qui sent bon

Il y a quelque chose de profondément réjouissant dans cette idée : la culture d'un pays ne se résume pas à ses musées ou à ses monuments. Elle se trouve aussi dans les cuisines, les marchés, les cantines de quartier. Partout où des mains venues d'ailleurs ont pétri, assaisonné, transmis.

Alors la prochaine fois que vous passez devant une petite échoppe africaine, vietnamienne ou haïtienne, entrez. Commandez. Demandez l'histoire du plat. Vous verrez : on ne raconte pas l'immigration, on la déguste.

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