Des voix qui montent pour la planète : la chanson francophone a le cœur à l'ouvrage
Photo: U.S. Navy photo by Journalist 1st Class Bill Kerstetter, Public domain, via Wikimedia Commons
Il y a un truc qui se passe quand vingt personnes chantent ensemble. Une vibration, un souffle collectif, quelque chose qui dépasse la simple note de musique. Et quand ces voix-là se mettent à défendre la planète, on tient peut-être l'une des formes d'engagement les plus contagieuses qui soient.
La chorale, ce sport collectif de l'émotion
Oubliez l'image poussiéreuse du chœur en robes noires. À Lyon, la chorale Les Voix du Rhône répète chaque mardi dans une salle prêtée par un centre social du 7e arrondissement, et son répertoire oscille entre Brassens revisité et créations sur la sécheresse. « On a commencé à chanter pour faire joli, on continue pour faire sens », résume Karim, chef de chœur à temps partiel et éducateur à plein temps.
Le principe est simple : pas d'audition, pas de solfège exigé, juste l'envie de chanter ensemble. Et un fil rouge, la défense du vivant. La chorale se produit dans les marchés, les fêtes de quartier, parfois devant les mairies lors des mobilisations climatiques. Pas de grands discours, des harmonies.
Quand les artistes montent au créneau
Au-delà des chorales, toute une scène francophone prend la planète pour sujet sans prendre les gens pour des gamins. Au Québec, des artistes comme Alexandre Désilets ou les membres du collectif Musique multi Montréal réfléchissent à l'empreinte carbone de leurs tournées. En Belgique, l'association The Green Music Initiative pousse les salles bruxelloises à repenser leurs déplacements et leur consommation d'énergie.
En France, plusieurs festivals ont franchi le pas : le Chant du Gros en Suisse ou les Francofolies de La Rochelle affichent désormais des démarches concrètes — gobelets réutilisables, covoiturage organisé, scènes alimentées en énergie renouvelable. Ce n'est pas encore la révolution, mais c'est déjà un signal envoyé à des dizaines de milliers de festivaliers.
Trois collectifs à suivre absolument
- La Chorale à l'Ouest (Nantes) : un chœur populaire qui chante le réchauffement des océans sur des mélodies cajun et créoles. Leur version de « La mer » de Charles Trenet, transformée en avertissement poétique, circule depuis des mois sur les réseaux.
- Les Batteurs d'AFrique (Marseille) : percussions d'Afrique de l'Ouest et slam francophone sur les enjeux de l'eau. Ils jouent bénévolement pour les associations locales de solidarité internationale.
- Le Chœur des Sans-Terre (Paris) : un collectif ouvert aux réfugiés et aux habitants des quartiers populaires, dont les chants mêlent arabe, lingala et français autour du thème de l'exil climatique.
Chanter, c'est déjà agir
Est-ce que ça change la face du monde ? Probablement pas à lui seul. Mais il y a quelque chose de puissant dans le fait de partager un message d'urgence à travers une chanson plutôt qu'un tract. On retient une mélodie, pas un slogan.
Et puis il y a le lien social, cet argument que les économistes ne savent pas chiffrer. Dans une époque où l'isolement touche toutes les générations, la chorale reste l'un des derniers lieux où l'on se retrouve, sans écran, pour produire quelque chose de beau ensemble. Ajoutez-y une cause qui dépasse les individus, et vous obtenez une machine à fabriquer de la solidarité.
Alors la prochaine fois que vous croisez une chorale qui chante pour la planète sur votre marché, arrêtez-vous deux minutes. Ou mieux : poussez la porte du prochain atelier. Il paraît que tout le monde peut chanter. Et si c'était vrai ?