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Solidarité

Le camion qui régale et qui partage : la street food solidaire a le vent en poupe

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Le camion qui régale et qui partage : la street food solidaire a le vent en poupe

Photo: Kurtkaiser, CC0, via Wikimedia Commons

Il y a la queue devant le camion, l'odeur des épices qui tourbillonne, le bruit des fourchettes sur les barquettes. La scène est familière, presque banale. Mais sur certains trottoirs de France, un détail change tout : une partie de l'addition ne finit pas dans la caisse du commerçant, mais dans celle d'une association caritative.

Chez Faim en Strada, on adore ça. Parce que la rue, c'est notre terrain de jeu — et que la solidarité y a toujours eu sa place.

Le camion qui fait le pont entre deux mondes

Premier stop à Lyon, où le camion Le Bol Solidaire sillonne les quais depuis trois ans. Le principe tient en une phrase : « Un pour toi, un pour l'autre. » Chaque client peut, s'il le souhaite, arrondir son ticket ou payer un plat supplémentaire, dit « en attente ». Ces plats suspendus — concept hérité des cafés napolitains — sont ensuite redistribués via des maraudes du quartier de la Guillotière.

« On ne veut pas faire la charité, on veut faire la fête, ensemble », résume Karim, le patron, un ancien cuisinier en étoilé reconverti dans la cuisine de rue avec conviction. Le résultat : plus de 4 000 repas redistribués l'an dernier, sans jamais transformer les bénéficiaires en figurants d'une bonne action.

Marseille, l'accent du Sud et le goût du partage

Direction la cité phocéenne, où Chez Mamina propose une cuisine sénégalaise généreuse, thieboudienne fumante et accras croustillants. La fondatrice, Mamina, a un parcours à l'image de sa cuisine : arrivée de Dakar il y a vingt ans, elle a d'abord travaillé dans la restauration classique avant de lancer son propre camion.

Ici, pas de système de plats suspendus, mais un partenariat direct : 10 % du chiffre d'affaires du vendredi part chez une association marseillaise qui héberge des familles sans domicile. Mieux encore, une fois par mois, le camion s'installe gratuitement devant le centre d'accueil et sert un repas festif, musique comprise. « Manger ensemble, c'est déjà commencer à se connaître », glisse-t-elle en riant.

À Paris, la pizza comme prétexte à la rencontre

Enfin, dans le 18e arrondissement de Paris, La Croûte Qui Sauve a troqué le classique kebab contre des pizzas aux fourneurs de rue. Derrière ce nom un peu loufoque se cache une équipe de bénévoles et de salariés en insertion, formés aux métiers de la restauration dans le cadre d'un chantier école.

Le camion fait double emploi : il nourrit le quartier le midi et forme, chaque semaine, six personnes en parcours de réinsertion. Beaucoup décrochent ensuite un CDI dans la restauration traditionnelle. « On dit souvent qu'on vend des pizzas, mais en vrai, on vend de la confiance », sourit Léa, coordinatrice du projet.

La street food, miroir de nos envies d'ailleurs

Ce qui frappe dans ces trois initiatives, c'est leur absence de moralisme. Personne ne culpabilise le client qui achète simplement son déjeuner. La solidarité s'invite discrètement, par l'arrondi au chapeau chinois ou par le choix du fournisseur local. On vient pour le goût, on repart avec un peu plus.

C'est peut-être ça, la vraie force de la cuisine de rue : elle est accessible à tous, sans code ni dress code. Elle met le comptoir à hauteur de trottoir et brouille les frontières entre le client, le bénévole et le voisin. Dans une époque où les inégalités se lisent jusque dans les assiettes, ces camions-là racontent une autre histoire — celle d'une francophonie de proximité, gourmande et remuante.

Alors la prochaine fois que vous croisez un camion avec un slogan un peu différent, arrêtez-vous. Commandez le plat du jour, ajoutez un euro si le cœur vous en dit. La rue vous remerciera, et votre estomac aussi.

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