Des poules au pied de l'immeuble : quand les citadins réapprennent à cultiver leur quartier
Photo: Ciara Ní Riain, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Il faut voir l'histoire de Malika, 58 ans, qui a fait ses premières armes de maraîchère sur un parking abandonné de Vaulx-en-Velin. « Au début, les gens me prenaient pour une originale avec mes bêches et mes godets. Aujourd'hui, c'est moi qui les regarde courir après les tomates en août. » Son potager partagé, né en 2021 sur une parcelle grise devenue verte, nourrit désormais une quinzaine de familles du quartier.
La ville qui pousse entre les interstices
Le phénomène n'a rien d'anecdotique. De Nantes à Marseille, les jardins partagés se comptent par centaines, et les poulaillers urbains — collectifs ou familiaux — suivent la même trajectoire. L'idée est simple : prendre une friche, un bout de trottoir, un toit plat oublié, et en faire un lieu de vie où l'on produit, on partage, on discute.
À Saint-Étienne, l'association « Les Poulettes du Crêt » gère un poulailler de sept poules installé au milieu d'un ancien terrain vague. Les œufs sont répartis entre les bénévoles, et les épluchures du marché voisin finissent dans la gamelle des gallinacées. Un cercle vertueux, presque poétique : la ville nourrit les poules, les poules nourrissent la ville.
Bien plus que des légumes
Ce qui frappe quand on traîne une après-midi dans ces lieux, ce n'est pas la qualité des courgettes. C'est le bruit. Les rires des gamins qui découvrent qu'une poule pond moins en hiver. Les disputes savoureuses sur la meilleure façon de planter un poireau. Les anciens qui transmettent leurs gestes aux étudiants de passage.
« J'ai rencontré plus de voisins en six mois de jardin qu'en quinze ans d'immeuble », résume Karim, 34 ans, bénévole sur un site lyonnais. La solidarité s'organise naturellement : une partie de la récolte part vers l'épicerie sociale du quartier, les surplus de graines circulent d'un jardin à l'autre, et personne ne laisse personne au bord de la parcelle.
Se lancer : mode d'emploi
Envie de rejoindre le mouvement ? Quelques repères pour démarrer sans se décourager :
- Repérer le terrain : contactez votre mairie ou votre conseil de quartier. Beaucoup de communes ont des guichets dédiés aux projets d'agriculture urbaine et des parcelles disponibles.
- Fédérer avant de bêcher : un projet porté par cinq ou six personnes tient mieux qu'un projet solitaire. Les associations d'éducation populaire et les maisons de quartier peuvent aider à monter le dossier.
- Commencer petit : quelques carrés potagers, deux ou trois poules maximum. Mieux vaut un poulailler modeste et entretenu qu'un chantier abandonné au printemps.
- Prévoir la pérennité : qui arrose en août ? Qui nourrit les poules pendant les vacances ? Un tour de garde partagé évite bien des déconvenues.
- Se former auprès des réseaux : des structures comme les Incroyables Comestibles ou les fédérations locales d'agriculture urbaine proposent des ateliers gratuits ou presque.
Côté budget, comptez entre 300 et 600 euros pour un poulailler correct avec enclos, souvent financés par des collectifs, des subventions municipales ou des cagnottes de quartier.
La récolte, au sens large
Au moment de quitter Malika, elle nous tend trois tomates pas très droites mais délicieuses. « Vous voyez, dit-elle, la ville peut nourrir. Il faut juste qu'on lui laisse un peu de place. » Un peu de place, et beaucoup de mains. C'est peut-être ça, la vraie leçon de ces potagers et poulaillers urbains : on y cultive des légumes, mais surtout du lien.
Et ça, aucune grande surface ne peut en vendre.